Hernie discale, accusée à tort ?

 

La protrusion ou la hernie discale, on en parle souvent, on l’accuse tout le temps mais est-elle vraiment la responsable de tous les problèmes ?

Combien de personnes ne sont-elles pas sorties de chez leur docteur avec un diagnostic « douleur lombaire avec hernie discale » seulement basé sur l’imagerie médicale.

Pour commencer, je vais essayer de vous définir ce qu’elle est.

Entre les vertèbres se trouvent des disques intervertébraux constitués d’un anneau et d’un noyau. Ces disques ont différents rôles mais pour faire simple, ils ont un rôle de « coussinet ».902_Intervertebral_Disk-02

La hernie discale est un terme global qui englobe 4 stades de gravité différente : Capture d'écran 2016-02-14 15.18.31

A : Le bombement discal

B : La protrusion discale

C : L’extrusion discale

D : La séquestration

Ces hernies peuvent irriter une racine nerveuse ou la moelle épinière et donner différents symptômes (en fonction de la localisation de l’atteinte) :

  • trajet-nerf-sciatiquePicotements
  • Douleurs, le long du trajet du nerf
  • Sensation électrique ou d’aiguilles
  • Fourmillement
  • Endormissement

L’exemple le plus connu est celui de la sciatique.

 

Cependant, d’autres symptômes, comme la perte de force et la
disparition des réflexes sont considérés comme des indications médico-chirurgicales prioritaires.39305

Les disques les plus touchés sont ceux se trouvant entre la 4ème / 5ème  vertèbre et entre la 5ème  vertèbre et  le sacrum (zone ayant le plus de poids à supporter).

Pour la nuque, la majorité des problèmes se trouvent au niveau de la 5,6 et 7ème vertèbre entre autre « à cause » de la relation avec le thorax et les deux bras. [1]

Mais saviez-vous qu’une grosse proportion de ces hernies discales pouvait être asymptomatiques et ne donner aucune douleur que ce soit à la nuque ou au niveau du bas du dos? Si il y a des douleurs, dans 80% des cas, il y a une guérison spontanée au cours des mois qui suivent.

Pour introduire la suite, je vais vous donner plusieurs exemples :

  • Lorsque vous vous faites mal au dos, un médecin vous envoie faire une IRM (ou un scanner) et finit par vous dire que vous avez une hernie discale et que celle-ci est responsable de votre mal de dos. Mais cette hernie pouvait être déjà présente 1 an avant (voire plus) et donc ne pas être la responsable de votre douleur.
  • Une autre personne, à qui un docteur a prescrit des séances de kinésithérapie (ou ostéopathie, acupuncture, etc) pour « douleur lombaire et hernie discale ». Après son traitement, cette personne n’a plus mal au dos, tout va bien. On lui refait une IRM et la hernie discale est toujours présente.
  • Un cas opposé au précédent, une personne à qui une hernie discale a été diagnostiquée et ne fait aucun traitement, au bout de quelque temps, celui-ci n’a plus mal et le docteur lui demande de refaire une IRM. Et la hernie discale n’est plus là.

Au vu de ces différents éléments, on peut se demander quelle est la réelle implication de  la hernie discale. Alors pour un petit peu détailler tout ça je vais vous donner quelques chiffres venant de différentes études.

Saviez-vous que sur 1200 personnes saines, sans douleurs à la nuque, âgées de 20 à 80 ans, on retrouvait 87% de bombements discaux et ce même chez les sujets jeunes? La gravité de ces « lésions » augmentait surtout de 20 à 50 ans. [2]

On peut retrouver les mêmes résultats pour la colonne lombaire (le bas du dos). Une Capture d'écran 2016-02-14 16.07.40étude ayant analysé plus de 3000 personnes a trouvé des résultats similaires. On retrouve donc chez des sujets n’ayant aucune douleur dans le bas du dos, des bombements discaux,  des protrusions discales, des pertes de hauteurs des disques, arthrose, etc. Vous pouvez voir les chiffres détaillés sur le tableau. [3]

Une autre étude a montré que décider s’il fallait une opération chirurgicale pour le dos ou le genou, seulement sur décision d’une imagerie (IRM, radio, scanner, …) n’était pas une bonne option. Dans le cas de chirurgie lombaire, ces interventions peuvent même nuire au patient. [4]qui

Mais au final, que peut-on retirer de tout ça ?

Les hernies discales ne sont pas systématiquement responsables des douleurs de la colonne vertébrale. Et une décision de traitement chirurgical basée sur une imagerie n’est sûrement pas la bonne chose à faire, étant donné le grand nombre d’anormalités trouvées chez des sujets sains !

It is dangerous to make interventional decisions only by judging degenerative changes using MR images alone.

Dans certains cas, sévères, la chirurgie est envisagée, lorsque :

  • Echec des traitements conservateurs (kinésithérapie, ostéopathie, infiltration, médicaments, acupuncture, etc)
  • Mauvaise évolution de la pathologie
  • Perte de force
  • Perte des réflexes
  • La douleur

L’imagerie médicale est alors importante car il faut se baser sur celle-ci pour pouvoir opérer.

Il ne faut juste pas sauter sur la conclusion que la hernie discale ou la dégénérescence du disque sont la cause de vos douleurs car une grande proportion de ces « anormalités » font partie d’un processus de vieillissement naturel. D’autre part, il y a d’autres facteurs qui influencent les douleurs que vous percevez et ceux-ci sont nombreux :

Je détaillerai ces différents facteurs dans un prochain article.

Bien sûr, le message de cet article n’est pas de dire que toutes les hernies discales sont asymptomatiques car dans certaines conditions (expliquées plus haut), celles-ci sont réellement pathologiques et peuvent créer des problèmes. Mais celles-ci ne sont pas tout le temps les coupables non plus.

Et vous, que pensiez-vous des hernies discales ?

A la semaine prochaine 🙂

Stéphan Hellin, avec la participation de Benjamin Hidalgo (PhD)

 

Sources :

[1] http://www.physio-pedia.com/Disc_Herniation#cite_note-Giles-2

[2] Hiroaki Nakashima et al. Abnormal Findings on Magnetic Resonance Images of the Cervical Spines in 1211 Asymptomatic Subjects SPINE Volume 40 , Number 6 , pp 392 – 398 ; 2015

[3] Brinjikji et al. Systematic Literature Review of Imaging Features of Spinal Degeneration in Asymptomatic Populations AJNR Am J Neuroradiol. 2015 April

[4]  Karel YHJM, et al, Effect of routine diagnostic imaging for patientswith musculoskeletal disorders: A meta-analysis, Eur J Intern Med (2015

 

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